Pascale Viscardy: "Le dessin comme lieu de l'énonciation" L'art même n° 29

20/10/2005

Aborder l'œuvre de Benoît Félix, c'est se confronter d'emblée à une pratique du geste qui s'énonce comme autant de « couper/coller » composant l'essentiel du travail de l'artiste. La mise en œuvre du papier, support de prédilection du plasticien révèle une maîtrise de son vocabulaire de même qu'elle se voit aussi investie d'un inconscient libéré par la main. Support de la pensée, la ligne tracée par Benoît Félix (° 1969, vit et travaille à Lustin) impose sa dimension séparatrice dès lors que la coupure définit de nouveaux contours qui s'établissent comme lieux de discontinuité, de troubles se jouant des limites imposées dans le continuum de la surface. Envisagé telle une peau, le papier réagit à l'appel irrépressible du mouvement induit par la découpe, l'artiste recomposant alors, dans l'effort d'une surface agissante, un dessin né de gestes portés au support. Recouper, retracer, ressouder. Les nouveaux bords engendrés définiront l'œuvre à naître, l'artiste s'appuyant également sur les propriétés du papier en ce qu'il génère comme détente à l'imprégnation de l'eau et en ce qu'il suppose également de charge pondérale activée ou non dans la désignation de la forme à lui donner. Opérant par pli, dépli, repli, Benoît Félix souligne la réversibilité de la surface, aiguise des enjeux de perceptions entre le soustrait au regard et le surgissement d'une commissure dessinant le lieu du déplacement. Parfois suturés, les bords - recousus au point de croix, voire simplement agrafés et donc figés par la main - réalisent la figure dont l'inscription au plan vertical du mur renforce la tension. « Rose-peau-prose-couperose » entame un cycle de travaux liés à l'image fragmentée du corps, lequel travaillé par le biais informatique, nourrit un imaginaire sollicitant une intimité revisitée, dupliquée, collée dans un bord à bord duquel émane l'apparition « d'un corps défait de son image en miroir, habillé d'être, d'une image qui précède les mots qui lui ont donné son statut, un lieu de l'image devenu le lieu de l'énonciation » nous dira encore l'artiste. Soit, un paysage mental recomposé à l'aide du vocabulaire qu'affectionne le plasticien : pliure, césure, couture profilent le travail de la main dans un territoire où la ligne est un horizon, une limite qui dessine la fente et l'origine : « l'origine est plus parlante qu'elle n'est visible » Il s'agit d'interroger l'image et sa constitution en ce qu'elles retiennent et enfantent, en ce qu'elles désignent comme fracture à l'œuvre, appellent comme disponibilité à l'écoute d'une parole délivrée à la jointure d'un raccord tel un lieu d'enfouissement à explorer. Les « grands découpés », enfin, se déploient en une seule ligne, une seul geste qui perdure à l'infini pour s'abandonner ensuite à la découpe minutieuse d'un Autre qui prendra corps dans sa juste confrontation à l'espace. Un corps agissant à la rencontre d'un réel qu'il poursuit inlassablement. Une œuvre qui circonscrit un champ poétique dans la désignation d'une sphère de projection qui, entre tracé et rupture, engage le regard à pénétrer les déplacements de surfaces. Et suit par-là même le dessein d'une ligne qui s'oublie pour rencontrer cette disponibilité du regard qui désigne l'origine de l'œuvre à naître.

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